Témoin de haine

src/ Ed Sheeran

Quoi dire, quoi faire ? Faut-il vraiment que quelque chose se produise ? Ou dois-je me contenter de souffrir en silence, conserver en moi comme un poison secret cette boule aigre et rance, la garder en équilibre sur la goulotte en attendant qu’un élément extérieur ne la fasse expulser de l’autre côté de la rive. Cette rive, ces esprits qui n’ont pas entendu ce discours écœurant pourtant lancé comme la météo du week-end à l’approche de la fin de la semaine.

Des gens croisés tous les jours, que l’on accueille à bras ouverts dans une salle pour leur parler de nos projets pour leurs enfants, pour leur confier nos envies, nos ambitions, nos méthodes. Des enfants pas plus hauts que trois pommes et pourtant avec tant d’amour sur les épaules. Parce qu’on s’y attache nous, chaque année. On a beau tenter de se protéger, prendre de la distance, rien n’y fait, il y aura toujours un petit bout d’un mètre pour nous toucher quand ce ne sont pas plusieurs… Alors, on se met à les aimer, on se met à échanger avec les parents, voire à sympathiser. J’aimerais être cette image d’instituteur des années 50, habillée de gris et sourire pincé. Tout serait tellement plus simple, alors.

Ce soir, un courant de 100.000 volts m’a traversée de part en part pour saisir mon coeur et éteindre un peu son feu à tout jamais. Cela n’avait pourtant eu l’air de rien. Juste des mots échangés entre parents et instits, des mots sur l’actualité et les infos toujours aussi mauvaises des journaux. En quelques secondes, telle une partie de ping-pong, la haine s’est invitée dans les bouches. Les regards se sont mis à scintiller d’une lumière noire, insufflant dans l’air une ardeur décuplée par les mentons hochant l’approbation. BimBamBoum, nous voilà projetés dans la quatrième dimension.

La haine n’a pas été réduite à néant dans nos contrées au lendemain de la guerre, de celles des livres d’Histoire ou de celles plus récentes dont on ne nous parle que de loin. La haine, la délation, la collaboration, la violence gratuite, m’est apparue juste là, sous mon nez, dans un naturel sans pudeur, effroyable. Partout autour de nous, dans les classes de l’école, dans les maisons dessinées par ces enfants, chez le boulanger, dans le bureau de son banquier et dans les salles de cinéma, partout se cachent ces âmes qui se gargarisent d’enfermer dans un carcan de préjugés des populations entières sous prétexte que leur histoire est différente. Entre eux, ils se cognent le torse dans un sentiment de surpuissance car eux, jamais, ne seront réduits à de tels jugements de la part d’autres, eux qui appartiennent à la race supérieure.

Les mots sont sortis, tapés à la hâte sur le clavier de mon ordinateur. Il fallait que j’immortalise ces phrases si violentes qu’il m’est impossible de les dévoiler à haute voix. Bientôt mon cerveau aura épuré cette haine pour éviter qu’elle ne me grignote de l’intérieur. Ne pas oublier qu’au fond d’eux, les gens peuvent cacher une nature insoupçonnée.

Et moi ? Je n’ai rien dit. Je me suis juste contentée de m’éloigner de leur discours cauchemardesque sur l’holocauste. La tête dans le sable, sous le seul prétexte que leur simple existence me cloue au silence. Garder la dignité, conserver l’honneur de la profession, sauver sa tête comme son poste, en enfouissant la tête dans le sable. Partout, autour de nous, la haine susceptible de refaire surface pour une nouvelle hégémonie. Elle commence déjà à contaminer nos eaux, bientôt elle contaminera notre sang, celui de la devise de ce pays.

Hurler, pleurer, effacer, espérer.

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3 commentaires sur “Témoin de haine

  1. Solange dit :

    Bienvenue dans le monde d’aujourd’hui….. Bon courage…

  2. Gwenaëlle dit :

    Oh non, la vieille bête n’est pas morte. Nombreux sont ceux qui la nourrissent encore et toujours…

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