Marie et Jeanne

Une photo, quelques mots ? L’image proposée par Leiloona cette semaine était si forte qu’il était impossible de passer à côté. Alors, j’espère que çà vous plaira.

*****

Romaric Cazaux

Je ne savais pas où aller, ni vers qui me tourner. Ton numéro est-il le seul dans mon carnet, me demandes-tu. Je te réponds que non, mais qu’au travers de mes larmes, je n’ai vu que ton nom. Pourquoi aurais-je appelé quelqu’un d’autre ?
Il était 5h00 lorsque j’ai appris la nouvelle,  7h00 lorsque j’ai saisi le téléphone, 7h07 lorsque tu as décroché. Peut-être as-tu senti la nouvelle toi aussi, peut-être as-tu senti ma détresse. Une soeur, çà peut sentir ces choses là…
Je ne sais pas pourquoi je t’ai appelée. Excuse-moi, nous n’avons plus quinze ans et tu n’es plus celle à qui je confie dans l’intimité de la chambre mes secrets et es doutes.

C’est un fait, et pourtant, tu es là, à côté de moi, à contempler cette plage, cette mer qui est si paisible au lever du jour.
Au travers de mes larmes je n’ai pas su te dire, je ne savais pas ce que je faisais. Et puis, j’ai raccroché. Je suis venue ici en espérant trouver cette paix qui m’enveloppait adolescente lorsque mes chagrins d’amour m’enlevaient le sommeil.
Tu t’es souvenu. Tu es là, je vois tes genoux à quelques centimètres des miens, je sens ton parfum.
Lors de nos fugues nocturnes, l’une finissait toujours par rejoindre l’autre restée trop longtemps loin de la maison.  » Racontes-moi encore  » chuchotais la soeur confidente d’alors… Nous parlions, et nous regardions la mer,  espérant qu’elle emmène dans ses vagues la douleur qui étreignait alors notre âme…
Nous étions si jeunes alors…

Des années après, tu te souviens de ce puits imaginaire de chagrin. Tu es là, à côté de moi depuis une demie-heure peut-être, et je ne sais quoi te dire. Les larmes continuent de couler sur mon visage, les mots restent coincés dans ma gorge. Cette fois, je souhaite que la mer m’emmène avec elle, noie ma douleur dans ses fonds éternels. La regarder ne suffit plus.
Je veux te dire merci, je veux te parler, je veux prendre ta main. Non, je voudrais que tu prennes ma main, et que l’on reste ici, côte à côte face à cet infini…

Ce « merci » qui soulève mon coeur se transforme en un « mort » a-demi soufflé. Ce mot, si incongru, et pourtant si puissant raisonne dans ma tête depuis cet appel téléphonique. Je frémis, je l’ai dit. Je frissonne, je meurt à mon tour. Mes souvenirs s’envolent en fumée, mes organes deviennent des cendres de ce feu qui ne cesse de brûle, et que mes larmes tentent de calmer. Ce mot si étrange, si étranglé, si concret. Cette douleur, cet amour, ce sentiment d’être avec lui et de le perdre dans la foule du monde me déchire les entrailles.

Dans mes mains, cette chaîne. Je la fixe en me disant que peut-être elle me parlera, peut-être qu’il me parlera.  « Il est mort ! » J’ai crié, cette souffrance est sortie telle un crachat infectieux. Je veux expulser cette rage.

Marie… Tu saisis alors ma main, et me serre dans tes bras. Les années, les querelles, les problèmes, les absences sont bien petits face à cet instant où je te retrouves.
« Je suis là Jeanne, je suis là… »
Et mes larmes se mêlent aux tiennes dans le creux de ta nuque…

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7 commentaires sur “Marie et Jeanne

  1. […] Julie Mallauran : Marie et Jeanne […]

  2. Lilou dit :

    très émouvante cette histoire de deux soeurs qui se sont perdues mais qui dans les moments difficiles se retrouvent. Très bien décrit cette douleur…
    @ tantôt
    avec le sourire

  3. Cardamone dit :

    Joli texte, très touchant.

  4. Leiloona dit :

    Un texte très touchant, oui.

  5. mamido55 dit :

    Un texte puissant et touchant à la fois pour évoquer l’amour fraternel toujours présent dans les moments difficiles. C’est ça l’important après tout: être là dans les moments difficiles.

  6. soene dit :

    C’est souvent comme ça dans la vie… un malheur (ou un bonheur, Dieu merci) rabiboche la famille.
    C’est beau mais c’est triste…
    @ bientôt et bises de Lyon

  7. Ceriat dit :

    Je le trouve réussi ton texte, tu dépeint des personnages touchants. :D

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