Voyez au-delà du chlore, les larmes sur mes joues.

Dans la tête de Laure Manaudou, J.O. de Pekin 2008

Je suis lourde, je suis lente, je coule, j’avance plus.

Mais non, ressaisie-toi. Tu te montes la tête parce que t’as raté trois courses ! T’as connu pire, non ? Non ? Bon, il faut une première fois à tout ! Tu surmonteras ! Rien n’est perdu, il te faut juste plus d’entraînement ! Plus de foi : aies foi en toi ! Jusqu’ici tu as toujours eu un objectif en tête, tu t’es toujours sentie épanouie dans ce que tu fais, pourquoi çà s’arrêterai maintenant ?

Et si çà s’arrêtait justement ? Trois courses complètement échouées. Je n’ai qu’une envie c’est allez me cacher dans les vestiaires pour pleurer. Avec cette image de championne qu’ils m’ont tous collée sur le dos, je ne peux même plus verser une larme sans me retrouver en déconfiture à la une des journaux. Mais je veux hurler, partir, pleurer, cogner !! Je veux disparaître ! Ils ne me laisseront jamais faire… Pourtant ils devraient comprendre, ils devraient voir que l’eau me barre la route à chaque fois que je tente de l’empoigner. Merde, putain, j’ai envie de tous les jeter dans cette flotte. Qu’ils soient tous saisis de stupéfaction !

Qu’ils me voient telle que je suis ! Une femme, une vie, pas une machine à aller toujours plus vite.

Mais la machine à aller toujours plus vite, c’est toi qui l’a voulue, non ? Souviens-toi enfant, quand tu as senti que tes bras pouvaient tourner en cycle infini tels les hélices d’un moulin. Souviens-toi du chronomètre qui affichait chaque semaine des chiffres plus petits. C’était jouissif, c’était grisant, tu te sentais capable de tout : affronter le monde, repousser tes limites. Qu’en est-il de toutes ces sensations ?

Je les ai perdues. Je ne sais pas si je suis encore capable de vouloir tout çà. Me battre, continuer cette lutte quotidienne…. Je le voudrais, mais je ne le peux pas. Stop, je veux arrêter, laissez-moi m’enfuir… Fuir…

Un scandale, il ne me manquerait plus de clôturer cette mascarade sur un scandale…

Je ne comprends pas ce qui m’arrive, tous mes combats avec l’eau ont pourtant toujours été si harmonieux. L’eau et moi, moi dans l’eau, jamais je n’ai détesté, jamais elle ne m’a rejetée, mais là je ne peux plus. Je ne veux plus y entrer. Cela fait des mois que je le dis, que je le sens. L’eau et moi c’est fini. Je ne suis plus bonne à rien. Je suis foutue. Je suis rouillée. Un rebut. Si je plonge encore une fois dans cette fichue eau, je sens que je vais couler comme une pierre. J’y perdrais connaissance. Une fin toute en splendeur et mélancolie… « La fin tragique d’une championne… » Toujours plus digne comme titre de torchon à conneries, que « Laure Manaudou bois la tasse ! »…

Non, mais n’es-tu pas folle ? Entends-tu tes paroles, entends-tu ce que ton esprit te dicte une fois que tu cesses de le contrôler ? Ressaisie-toi ma grande ! Bon sang, allez, cherche tes forces au fond de toi. Après ces jeux olympiques qui semblent ne faire que t’enfoncer plus bas, par pitié, prends-toi quelques jours de vacances, repose ton esprit !!

Moi, me reposer ? Me reposer, maintenant ?! Non, mais et puis quoi encore ? Il faut que je travaille plus, pour retrouver ce niveau qui m’a échappé pour quelques beuveries… Plus de temps, plus fort, plus dur ! Il le faut, bordel ! Je me suis assez assoupie comme çà. Il est temps de me reprendre, j’en suis capable, je vais leur montrer ce que je sais faire !

Mais oui, c’est çà ! Il y a cinq minutes tu voulais mourir, et là tu as d’un coup retrouvé une confiance inébranlable en ta nage ! Ton esprit s’embrouille se perd…

Oh mon dieu, mais oui, je perds les pédales. Il n’y a plus que mes bras et mes jambes qui me semblent désarticulés, mon esprit rouille lui aussi et perd quelques boulons…
Mais tous ces gens ? Ces inconnus qui croient en moi avec leur drapeau bleu-blanc-rouge, là-bas ? Ridicule. Faire tout ce chemin pour moi ? Vraiment ridicule… Et elle, et lui, et eux ?

Et moi ? Ils ne me laisseront pas partir !! Alors je vais faire les choses en grand. Je jetterai mon stop à la gueule de tous ces égoïstes qui ne voient rien. Et si moi aussi je voulais essayer l’égoïsme ? Putain, comme je les hais ! Je les vomis ! Moi je veux vivre, je veux respirer ! Je veux arrêter cette foutue apnée !
J’arrête, et merde à tous ceux qui se contenteront de me juger.
Merde.

src/ jodelondres2012.fr

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3 commentaires sur “Voyez au-delà du chlore, les larmes sur mes joues.

  1. tu jures toi ? rooo bonne année miss bisous

  2. Ceriat dit :

    Je comprends mieux pourquoi elle coule à pic maintenant. ;-) Très bonne année 2012 ! :D

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