Magie et Fantasme, part 2

Suite à mon premier essai la semaine dernière, je remets çà aujourd’hui avec la suite de mon histoire enchantée…
Les contraintes sont les mêmes, « Des Mots, Une histoire », c’est Olivia via son blog « Désirs D’histoires » qui est la maîtresse de ce bal de textes en tout genre…

Les mots imposés pour l’édition 50 de Des mots, une histoire sont :
mécréantcertificatdouchebisesgivréglutenadresserafaletendresseexcusebruirecatastropheautarciepercevaporeuxrugbydécouverteivressepossiblecarteintimitéespièglepileprièrepagelicorneaphrodisiaque

Elle en était à sa dernière correspondance, attendant sur le quai, un gros sac accroché à chaque bras. Pourquoi se chargeait-elle toujours autant ? L’un des sacs était tellement lourd qu’elle eue l’impression, le temps de quelques secondes, qu’il allait lui casser le bras. Elle commençait déjà à sentir son épaule gauche la faire souffrir. Son sac à main n’était pas en reste. Chaque jour lesté de nouvelles choses glanées ici et là, il finissait par peser une tonne. Elle sentait des cloques se former sur les doigts, aidées dans leur entreprise par le froid ambiant.
Enfin son train arriva. Le temps de glisser sa carte de transport dans sa poche, et elle y monta.
En prenant soin d’exprimer ses excuses à chaque personne bousculée par ses paquets, elle réussit à se faufiler jusqu’à une place assise. Le siège accolé était vide, ce qui lui permit d’y poser ses affaires.
Le train réveillait chez elle des sentiments contradictoires oscillant entre curiosité, voyeurisme, et envie de fuir. Elle se plaisait à jouer au jeu de la découverte, à imaginer toutes les pensées possibles qui traversaient ces esprits aux visages inconnus. Alors, au milieu de la foule, elle avait l’habitude de jeter ici et là des regards espiègles pour voler quelques miettes d’intimité à des inconnus. Tout consistait en lui-même un indice, aussi petit soit-il.
En ce début d’après-midi, la magie de Noël qui l’enchantait depuis le matin avait pourtant bien failli virer à la catastrophe.
D’abord les effluves vaporeuses du parfum de sa voisine, dos à elle, commençaient à lui embrumer les idées et lui piquer les yeux. Peut-être qu’une propriété aphrodisiaque quelconque l’avait incitée à l’acheter, au détriment de l’odeur… Chacun ses goûts.
Ensuite cet homme s’est assis en face d’elle. Il avait le teint brun des méditerranéens, et le regard noir. Il portait une écharpe aux couleurs de l’équipe de rugby locale. Ce détail la fit sourire dans un premier temps : chacun ses goûts, encore une fois… Son attention fût cependant détournée. Elle entendit bruire. Du papier. Une enveloppe. Une enveloppe colossale. Pleine de documents de différentes couleurs. L’homme la tenait à l’envers. Elle était si chargée, qu’il laissa s’échapper une quantité de papiers impressionnante. Immédiatement, elle se précipita pour rassembler certificats, feuilles de soins, et analyses en tout genre. Elle s’efforça de ne rien regarder : la santé c’est personnelle, c’est intime. Çà ne la regardait pas. Ce qu’elle voulait, c’était juste aider. Le parfum insoutenable de la voisine : voilà quelque chose qui allait l’aider à ne pas être tentée par sa curiosité. Comment peut-on mettre un tel parfum tout de même ?
En lui tendant le tas de documents froissés et noircis par la crasse des transports en commun, ses yeux s’arrêtèrent sur trois petites lignes : son adresse. C’était son adresse à elle ! Alors, cet homme était son voisin, et elle ne l’avait jamais vu. Le nombrilisme ambiant du reste de l’année lui avait mis des oeillères. Que faire, que dire ? Ce n’était peut-être pas ses résultats médicaux, mais ceux de son épouse… ou d’un ami. Qui sait ? Elle n’avait rien à dire. Ce n’était pas son rôle.
Un sourire sincère, une étincelle partagée, un regard compatissant, un peu de tendresse discrète, c’était peu et tout à la fois.

En quelques minutes, grâce à de simples écouteurs de la musique, elle réussit à se retrouver dans l’autarcie tant appréciée de son monde imaginaire. En regardant au travers de la vitre, elle nourrit son esprit d’une magie invisible aux mécréants de son wagon : le soulèvement hivernal de la nature. Elle témoignait de son existence au travers de rafales de vents magistrales. Cela n’avait rien de beau ou d’envoûtant. C’était juste de la houle givrée, des bises polaires, du gris : Noël n’avait pas que des bons côtés.
Les branches pliaient sous la force glaciale de la saison. Chacun des arbres devait très probablement faire sa prière pour ne pas se retrouver amputé de l’un de ses membres. Ils tentaient de les maintenir forts, et raides bien qu’affaiblis et dénudés en cette période de l’année.
La tempête et le gel avait réussi à percer les quelques tentes qui consistaient des habitations de fortune. Elles ne ressemblaient plus qu’à des pages déchirées qui tenteraient de s’échapper au creux d’une tourmente. C’était fini pour elles. Bientôt, elles étaient hors de sa vue, perdues.

Quelques instants plus tard, sa station remplaça les arbres et les tissus déchirés. Vite, elle se dépêcha de récupérer ses achats, ses sacs, et marcha aussi vite que possible jusqu’à son appartement. Gluten, le chat l’accueillit avec beaucoup d’enthousiasme : une vraie pile électrique qui risquait bien d’endommager sa cargaison de Noël.
Vite, elle mit ses sacs dans un placard avant de courir jusqu’à la crèche.
Sa fille.
L’ivresse de l’amour la reprit à quelques pas de l’école. Elle oublia toutes ces images qui lui avaient traversées l’esprit dans le train pour se concentrer sur sa vie. N’était-ce pas çà le bonheur : se concentrer sur les petits plaisirs quotidiens à l’origine de grandes joies ?
Bientôt, elle la vit. Elle ne pouvait pas la rater, surtout de dos, avec son manteau illustré d’une licorne en argent… Un peu kitch certes, mais sa fille adorait.
Une fois toutes les deux sorties de l’école, elle vit qu’elles n’allaient pas manquer de se faire douchées par une nouvelle pluie de grêles…
Oui des grêles. On était à 10 jours de Noël, et Dame Nature avait décidé que ce mois de Décembre serait de grêle et non de neige.
Alice tentait bien d’imaginer des flocons tomber du ciel. Elle continuait d’y croire, entretenant l’espoir de sa fille de fabriquer un bonhomme de neige le matin de Noël…
Mais force était de constater qu’il n’y en aurait pas cette année…
Vite, se dépêcher, rentrer au chaud faire de son foyer le vrai refuge de l’esprit de Noël…
Vite…

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17 commentaires sur “Magie et Fantasme, part 2

  1. On se laisse emporter par ce récit… On ressent les ambiances, les instants, les sensations…
    Joli moment!

  2. lucie dit :

    décidément j’aime beaucoup tes textes, je me laisse emporter, je me retrouve dans certains traits d’Alice…

  3. belle suite, tu manies les mots avec une aisance incroyable! bravo

  4. Sensation de douceur qui perdure à la lecture de ce texte.

  5. marlaguette dit :

    Joli voyage contemporain :)

  6. Ceriat dit :

    J’ai beaucoup aimé ce voyage en train et cette belle évasion. :D Et l’inconnu ? En saurons-nous davantage sur lui ? ;-)

  7. wens. dit :

    un beau voyage…la neige arrive le 25 la petite sera contente.

  8. J’ aimerais bien connaître un peu mieux ce voisin……….

  9. Valentyne dit :

    De jolies retrouvailles après un voyage intéressant. J’ai bien aimé en particulier l’autarcie amenée avec les écouteurs et la musique :-)

  10. mazel dit :

    J’aime bien ta façon de raconter, c’est agréable et fluide,
    un bon moment passé chez toi
    bises

  11. hurluberlulu dit :

    D’accord avec tout le monde : c’est très agréable. La musique est présente.

  12. Une histoire rondement menée avec les mots imposées.
    Merci de ta visite
    Amicalement
    Violette

  13. Solange dit :

    Il y a là un mystère à peine effleuré : ces papiers appartiennent-ils vraiment à cet homme ? c’est super bien écrit, on se laisse emporter, bravo, moi aussi, j’en redemande…

  14. Tu as créé des personnages que l’on a envie de connaître! Donc, la prochaine fois, le voisin!

  15. Little Cat dit :

    Superbe texte! J’aime bien le chat qui s’appelle Gluten!

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