Magie et fantasme

Olivia propose via son blog un jeu d’écriture qui consiste à écrire un texte à partir d’une liste de mots collectés ici et là auprès de ses lecteurs. Ceci est donc ma première participation à l’atelier « Des Mots, une histoire ».
Les mots imposés pour l’édition 49 du jeu Des mots, une histoire sont :
tulipe – éléphant – calendrier – hiberner – panser – cachemire – romantique – réceptacle – malmener – féerie – sapin – possession – voyage – fondre – larme – esclavagisme – éphémère – lumineux – relèvement – santon – silence – chanter – frimas – métro

Elle avait des cheveux d’or qui lui tombaient sur les hanches. Une épaisse frange donnait une touche de coquetterie à son visage très peu maquillé. De grandes lunettes de vue noires lui en cachaient d’ailleurs une partie. En l’observant attentivement, on ne voyait finalement que cette chevelure aux couleurs des blés, et ces lunettes imposantes. Aucune émotion ne la trahissait au travers de ces artifices féminins. Elle représentait finalement la parfaite image de la femme d’affaires : froide, et rigide.

Pour elle, tout cela ne lui servait qu’à camoufler sa véritable identité : celle d’une âme d’enfant dans le corps d’une trentenaire. Encore aujourd’hui, ses yeux s’illuminaient de mille et une étoiles à l’approche de Noël. Certes, elle ne croyait plus en l’existence de l’homme au costume rouge, mais elle n’avait jamais cessé de sentir l’esprit de Noël l’envahir à chaque 1er Décembre. Elle s’émerveillait des arbres lumineux qui donnaient à sa rue des airs de fête. Alors que la neige contrariait la plupart des gens, elle la mettait en joie. Elle aimait voir les stalactites fondre. Ces larmes de la nature ne faisaient que renforcer son amour de l’hiver. Les sapins qui habillaient les trottoirs de la ville mettaient son coeur en émoi. Elle voyait en eux le symbole unique de Noël : chaque sapin étant adopté par une famille qui lui apporterait chaleur, couleur et lumière.

Elle était là, assise sur un strapontin du métro de la ligne 14, et avait enfoui son visage dans la grosse écharpe en cachemire qu’elle chérissait tant. Elle était le seul objet en sa possession qu’elle irait récupérer au risque de sa vie, si elle devait être confrontée à un incendie. Elle était le seul élément dont elle s’assurerait la présence si elle retrouvait son appartement cambriolé.
Un cadeau, un souvenir, une odeur, une sensation, la vraie valeur de cette écharpe résidait dans toutes les émotions auxquelles elle la renvoyait. Aussi rouge que la culotte du Père-Noël, elle se l’était offerte au premier mois de décembre qu’elle avait passé dans son appartement, loin du cocon familial. A la sortie de l’enfance, cette écharpe lui permettait de garder avec elle une part d’innocence dans sa vie de femme. Depuis 10 ans, elle représentait l’esprit de Noël qu’elle retrouvait chaque année à l’arrivée de l’hiver. Aux premiers frimas, il lui suffisait de s’envelopper d’elle pour panser ses blessures de l’année passée. Bien heureuse de quitter son état d’hibernation, l’écharpe l’emmenait dans les sillons d’un voyage intime qu’elle connaissait bien. Elle s’exilait loin des froideurs de l’hiver pour retrouver le plaisir du partage, de la solidarité, cet univers féerique empli d’émotions qui semble lier les gens les uns aux autres le temps d’un mois. C’était une rêveuse, une idéaliste, une romantique, qui cultivait sa naïveté d’enfant à chaque mois de décembre.

Dans le silence assourdissant du métro, elle rêvassait, le regard perdu dans le vide. Elle s’étourdissait à l’avance de l’après-midi qui l’attendait. Les sacs qui s’étalaient à ses pieds la grisaient par leur contenance. Ils avaient été un peu malmenés dans les correspondances de métro, et allaient encore l’être lorsqu’elle irait récupérer son train de banlieue. Mais peu importe, ses trouvailles étaient bien enveloppées et protégées des coups. A la sortie de son train, elle irait récupérer sa fille de 4 ans à l’école. Il n’était peut être que 13h, mais ne pas aller à la maternelle une après-midi n’était pas un crime. Elle grandissait chaque année un peu plus, et elle adorait communiquer son enthousiasme pour ses fêtes et voir son regard se remplir d’étoiles davantage chaque année…
Une fois qu’elles seraient toutes les deux à la maison, elles décoreraient l’énorme sapin qu’elle avait déniché la veille. Les guirlandes seraient accrochées au son des chants de Noël, et les lumières seraient allumées à la tombée de la nuit. Cette année, elle avait choisi des décorations enfantines, pour le plus grand plaisir de sa fille : des éléphants, des petites tulipes, et d’autres objets symboles des quatre coins du monde.
Une fois l’appartement revêtu de ses habits de lumière, elle confectionnerait un calendrier de l’avent. Elle se souvenait parfaitement de la sensation que l’on a enfant à se rapprocher chaque jour un peu plus de la date du réveillon, au rythme des friandises cachées.
Elle ressortirait ensuite la crèche de Noël et les santons qu’elle avait hérités de sa grand-mère. Elle aurait comme toujours une pointe de culpabilité lorsqu’elle les manipulerait. Elle s’imaginait qu’ils étaient réduits à l’esclavagisme, sortant de leur réceptacle uniquement lorsqu’elle le voulait. C’est elle qui décidait s’ils avaient le droit d’être près du petit Jésus ou s’ils devaient se contenter d’être des spectateurs passifs en arrière-plan.

Arrivée à Gare de Lyon, elle releva légèrement la tête avant de se saisir de ses sacs. Une fois sur le quai, elle afficha un sourire en coin. Noël lui faisait vraiment perdre pied dans la réalité. Chaque année, il la surprenait par son pouvoir. Fantasmer Noël… quelle utopie, mais quel bonheur aussi…

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11 commentaires sur “Magie et fantasme

  1. wens. dit :

    Rêveuse, romantique, cheveux d’or….pourrais-je avoir l’adresse pour une livraison prioritaire. Signé :Le père noël.

  2. J’adore ton texte, vraiment, tu as beaucoup de talent!

  3. lucie dit :

    j’aime beaucoup ce texte, merci tu nous transportes dans la rêvasserie de cette jeune femme au coeur d’enfant

  4. Ceriat dit :

    Quelle belle évocation autour de la féerie de Noël. :D On rêve de tous vivre de si merveilleuses fêtes. :-) Merci de nous rappeler à notre âme d’enfant. :-)

  5. C’est un très beau texte, touchant, on imagine bien cette jeune femme rêveuse, encore enfant dans sa perception du monde :-)
    J’espère qu’il y aura une suite !

  6. Ton texte m’a touchée, même si pour moi Noël est bien loin de toute cette féerie. ;)

  7. Je n’ avais jamais pensé aux santons en tant qu’ esclaves du calendrier ! Et pourtant …

  8. Gwenaëlle dit :

    Surtout ne réponds pas à l’annonce du Père Noël ci-dessus… c’est une arnaque! ;-) Juste un tueur à gages à la recherche du prochain contrat…
    Bravo pour cette tranche de rêverie sur fond de métro et de préparatifs de fêtes… on y est vraiment!

    • @TOUS : ravie d’avoir pu vous rappeler ne serait-ce qu’un peu (cf Olivia) la féerie de Noël telle qu’on la voyait enfant…
      @BlancheDeCastille : une suite ? Il faudrait que j’y pense. Mais je ne pense pas qu’il y en aura…

  9. Valentyne dit :

    De très belles images . En particulier , les stalactites , larmes de la nature. :-)

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