Apnée

Elle n’avait pas vraiment le choix, il allait falloir qu’elle tienne sur toute la longueur. Elle avait peur, se sentait tétanisée, perdait confiance en ses capacités. Marion s’y était pourtant préparée depuis des mois. Elle s’était sentie prête encore la veille au coucher, mais aujourd’hui, l’appréhension lui nouait les tripes. Elle n’allait pourtant pas abandonner, il était trop tard maintenant. Elle devait plonger, s’immerger dans cet environnement qu’elle aimait certes, mais qui n’était pas fait pour elle. Mentalement, elle se prépara : elle voulait réussir ces longueurs d’apnée.
« Après tout » se disait-elle « une fois arrivée au bout de mes 8 longueurs, je pourrais enfin choisir ce que je veux vraiment. Cet effort m’ouvrira des portes, c’est certain. »
8 longueurs, c’était beaucoup. C’était un défi qu’elle voulait relever, pour elle, pour se sentir plus sûre d’elle, assumer ses choix, prendre des décisions sans les remettre en question. Un challenge comme celui-ci, c’était la première fois que Marion s’en fixait un aussi grand. Sachant très bien qu’elle ne pourrait absolument survivre sans respirer, tout le long des ces longueurs, elle s’était donné le droit de reprendre son souffle de temps en temps. Ce n’était pas une faiblesse, mais une nécessité. Sans sortir la tête de l’eau, elle le savait, elle se mettait en danger. En vérité, Marion allait mettre à l’épreuve davantage sa force mentale que sa condition physique. Elle savait que ce défi allait lui demander de puiser au fond d’elle-même, à la recherche des ses plus grandes forces, celles qu’elle ne connaissait pas encore. A l’entraînement, elle pouvait se permettre de s’arrêter de temps en temps, reprendre pied dans le monde réel, quitter le monde sans air quelques minutes, quelques heures, quelques jours même. Rien ne l’obligeait à tenir aussi longtemps pour une aussi longue apnée.
Mais ce soir, c’était différent, tout allait changer. Ce sacrifice, elle le faisait pour ceux qu’elle aimait mais aussi pour elle. Plus rien ne serait pareil.
Elle se promettait de tenir que ces huit longueurs, pas plus, pas moins. Elle devait donner le meilleur d’elle-même pour éviter la frustration au bout.

8 : elle n’avait que ce chiffre en tête. Au bout de chacun de ses retours, elle comptait les longueurs restantes, et gardait à l’esprit ce pourquoi elle faisait çà. C’était reconnu paraît-il de tenir aussi longtemps dans cet univers aqueux, et irrespirable. Ce challenge lui fera une réputation, et un bon point sur son CV.

Marion plongeait dans l’océan de requins parisiens chaque début d’année, chaque début de semaine, et s’était donnée comme idée de rester 8 ans dans la capitale, pas davantage. Elle inspirait profondément chaque lundi matin pour ne relâcher la pression que le vendredi soir. Certaines semaines, elle avait la sensation de ne pas avoir respiré depuis des mois. 8 ans à Paris, et après elle partirait dans un univers plus proche du sien, de ses valeurs. Marion ne pensait qu’à l’île de Ré, la région de son enfance. Beaucoup autour d’elle ne comprenaient pas son attachement à cette bout de terre perdu dans l’Océan. Les critiques glissaient sur elle comme l’eau sur du latex. Elle s’était depuis longtemps isolée dans sa bulle à l’abri des médisances. Bientôt elle renouerait avec son âme trahie, et la ramènerait près des siens, près, tout près de cet Océan, sans requins, qu’elle aime tant.

Publicités

Un commentaire sur “Apnée

  1. 8 ans, c’est bien trop, Marion … c’est aujourd’hui qu’il faut vivre tes passions … n’attends pas pour lire, écrire, peindre, rêver, dormir … et trouver sur place l’énergie vitale et indispensable pour « manger » …

    quand je regarde à travers l’oeil de mon objectif, je sais, moi, que le bonheur y apparaît …

    ce texte est joli, plein de sacrifices, mais … au bout … l’Ile de Ré …

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s