Les premiers émois

Sarah ne le savait pas encore, mais le garçon qu’elle avait accidentellement bousculé dans le hall n’allait pas lui rester longtemps inconnu. En seconde dans ce nouveau lycée, l’angoisse de ne connaître personne avait très vite laissé place à de très grands moments de complicité, et à la naissance d’amitiés vraies. Jamais elle n’aurait cru pouvoir se lier si facilement et rapidement avec autant de monde. La vie était simple, les cours étaient intéressants, les gens qu’elle rencontraient très drôles. Elle savait que cette année 2003 allait être un tournant dans sa vie. Deux ans avant, elle vivait avec l’angoisse du regard des autres sur son appareil dentaire, ses élastiques dans la bouche, et ses lunettes à double-foyer. Mais en l’espace de deux mois, tout avait changé, l’appareil dentaire avait disparu, et son ophtalmologiste l’avait initiée aux joies de voir pour de vrai avec les lentilles de contact. Sans plus aucun artifice médical, elle se sentait libre et cela se voyait. Le regard des gens avait changé lorsqu’elle les croisait. Elle respirait la joie de vivre et l’insouciance propre à ses 15 ans. Jamais elle n’avait autant rit qu’en cette année de seconde. Elle se demandait si c’était çà le bonheur : rire plusieurs heures par jour sans se soucier de rien… Ou si c’était ça l’amitié ? Rire, échanger, et laisser sa folie s’envoler pour créer des souvenirs indélébiles.
Elle riait tant et tellement au cours de cette journée ensoleillée d’Avril, qu’elle perdit l’équilibre pour se bousculer avec ce garçon qui attendait sagement dans le hall. Elle ne l’avait jamais vu, et pourtant, immédiatement, elle sentit quelquechose. Au-delà du coup reçu par le coude de ce lycéen, quelquechose en elle s’est allumé. Elle ne pouvait pas l’expliquer, mais ce garçon dégageait un sentiment étrange qui la toucha. L’espace de quelques secondes avant qu’ils ne se relèvent, leurs âmes se sont enlacées. Mais très vite, la réalité a pris le dessus, et l’orgueil de chacun également, se rejetant mutuellement la faute. Sarah et lui ne restèrent cependant pas longtemps sur leur colère, ses nouvelles amies étaient très fortes pour rendre toute situation cocasse et drôle.
Pourtant, une fois seule, chez elle le soir, elle ne cessa de penser au regard incroyablement bleu de ce garçon dont elle ne connaissait même pas le nom. Elle revit aussi sa silhouette timide, ses épaules musclées, cachées par un sac à dos. Tout était bleu chez lui : le jean, les baskets, le pull, et même le sac à dos. Elle revit l’instant où elle tomba. Elle l’imaginait au ralenti, en en supprimant la douleur des coups et la dureté des mots échangés pour n’en garder que ces quelques secondes de mystère. Qui était-il ? Et que s’était-il passé pendant ce cours instant ?

Le lendemain et les jours qui ont suivis, elle cherchait ce garçon des yeux dans les couloirs du lycée, dans la cour extérieure, devant la barrière d’entrée. Il n’était pas très facile à trouver, se noyant facilement dans la masse avec ses vêtements sombres. Cependant, chaque fois qu’elle le voyait, il était toujours habillé de bleu ce qui la fit sourire. Jusqu’au mois de juin, elle se contente de l’observer, sans jamais croiser son regard. Il était un mystère pour elle, mais elle s’y sentait liée par un fil invisible. Le dernier jour de cours, alors qu’elle avait gardé ses sentiments pour elle, une coïncidence fit que Sarah se retrouva en face de lui. Curieusement, c’était l’une de ses amies qui s’était rapproché de lui. Ils se tenaient par la main, mais se tournaient le dos. Elle n’avait aucune crainte quand à la longévité de leur relation : quelques jours au cours de l’été, pas davantage. Située en face de lui, leurs regards se croisèrent une fois de plus. La seconde fois depuis la bousculade du mois d’Avril. Elle se sentit fébrile, ses mains commencèrent à trembler, et sa tête lui tournait. C’était la première fois qu’elle ressentait çà.

Bien sûr, elle était sortie avec des garçons. Sa métamorphose depuis la rentrée avait attiré bien des convoitises, et elle s’était amusée au jeu des baisers, et des mains baladeuses, pour faire comme tout le monde, et augmenter sa popularité. Un amusement qui l’a pourtant vite dérangée… Embrasser des lèvres n’était pas toujours une chose agréable. Ce qu’elle aimait, c’était les échanges de regard avant ces baisers. Une fois les bouches enlacées, la magie se brisait, et le couple qu’elle formait lui semblait alors une corvée à assumer. Les échanges de baisers ne duraient donc pas plus de 4 jours avec la même personne. Depuis quelques mois, elle avait laisser tomber les contacts physiques, lassée par ces échanges qu’elle n’appréciait même pas. Son travail d’observatrice était bien plus intéressant.

Si proche de lui, en ce dernier jour de lycée, elle regretta les longs mois de vacances qui arrivaient, et qui feraient sûrement disparaître cette magie qui les liaient aujourd’hui.
Elle ne savait pas encore que les deux prochaines années de lycée allaient être bien plus intenses que ces regards. Elle, qui rêvait d’une passion qui la possèderait toute entière, n’imaginait pas qu’elle allait connaître bien plus que çà.

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2 commentaires sur “Les premiers émois

  1. 32 Octobre dit :

    très bon début d’histoire… à long cours…

  2. 32 Octobre dit :

    pour être avisé des nouvelles aventures de Sarah….

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