Une passion inaccessible

Il l’avait vue dès qu’il était rentré dans la pièce. Il avait pensé ne pas venir à cette soirée. Les amis ça va, ça vient, et ça faisait quelque temps qu’il avait compris qu’il ne pouvait se fier qu’à lui-même. Mais il avait encore moins envie de passer son samedi soir en tête à tête avec sa télévision. Pour fuir sa solitude, et sa triste vie de célibataire, il avait donc décidé d’aller à cette crémaillère. Ces amis étaient davantage des connaissances. On ne connaît jamais vraiment ces électrons qui gravitent dans notre sphère personnelle. Mais avec eux il était certain de rire un minimum à cette soirée, et c’était tout ce qu’il voulait.

Après être rentré du bureau vers 19h, il ne s’était pas douché pour faire place au Max du week end. Il y avait longtemps qu’il avait arrêté de jouer ce rôle du mec prêt à passer 2 heures à se préparer dans l’espoir d’avoir une femme dans son lit. Depuis 1 an en fait, depuis qu’il s’était aperçu que dans ses soirées entre amis, il était le dernier célibataire.
Il s’était donc simplement préparé psychologiquement à boire de la bière, rire de bon cœur, et espérant secrètement ne pas être choisi comme confesseur d’une âme en détresse. Il avait déjà fait ça avec l’une de ses amies qui, un soir, avait bu plus qu’à l’accoutumée et qui s’était révélée avoir l’alcool triste. Depuis ce jour, elle, connaissait ses limites et lui, avait compris qu’il n’était pas fin psychologue.

C’est donc l’esprit embué et plutôt asociable qu’il avait franchi la porte d’entrée. Mais très vite, le salon lui fît regretter ses chaussettes blanches, son sweat vieux de 10ans, et son T-shirt au col émaillé.
Elle était là, si belle, si élégante, qu’elle avait fait reculer Max d’un mètre. Il ne l’avait pas revue depuis des années, et il n’avait même jamais pensé la revoir. Il avait tenté de la séduire, essayé de l’apprivoiser, il y a quelques années. Il croyait alors que l’avenir lui réservait une vie en or pleine de richesse et d’aisance. Elle appartenait à ce monde auquel il aspirait : le monde des sans-soucis. Si riches, si intelligents, si sûrs d’eux, les sans-soucis étaient des modèles de réussite pour Max. Mais tout ne s’était pas passé comme prévu. Des années d’étude pour échouer 2 fois au concours d’entrée au barreau l’avait dégoûté du droit. Il avait fini par se rabattre sur un boulot d’informaticien, pas si mal payé, mais très loin des salaires mirobolants qu’il avait longtemps imaginé arriver sur son compte. Elle avait succombé son charme, au début. Il aimait dire qu’elle était un cadeau de la vie et qu’il se devait de dépenser des fortunes pour lui faire passer une soirée à digne d’elle. Elle a très vite vu qu’il ne pouvait pas continuer ce train de vie très longtemps, et s’était envolée pour satisfaire d’autres gourmands.

Elle était unique, elle le savait, et il le savait. Elle avait le don de pétiller de telle manière que tous les regards se tournaient sur elle. Les gens n’hésitaient pas à la flatter en lui confiant qu’elle avait une robe splendide. D’autres se contentaient de passer près d’elle pour sentir son parfum.

Lui se sentait bête ce soir, incapable de rejouer le rôle de son reflet dans le miroir de la salle de bain, fané depuis un moment. Il préférait l’ignorer et se placer de telle manière qu’elle ne le perturberait pas. Hors de son champ de vision, il allait pouvoir oublier l’envie de la sentir, de respirer à nouveau son odeur, de la goûter… Elle était inaccessible désormais, totalement en dehors de son niveau de vie, de sa classe sociale. Il l’avait compris mais ses amis beaucoup moins. Aux premiers mots échangés, il a vite compris qu’elle les avait envoûtés, les filles comme les garçons. Ils ne parlaient tous que d’elle, de manière explicite pour les hommes, de façon plus discrète pour les femmes. Eux avait des mots concrets à poser sur ce corps, elles étaient émoustillées par tant de prestance. Elle ne comprenaient pas bien l’effet qu’elle leur faisaient. Mais il était évident dans leur regard qu’il y avait du désir, et du plaisir.
La fête se présentait plutôt bien, même si Max n’aurait jamais imaginé qu’elle prenne une tournure si sensuelle. Les esprits se sont vite échauffés et une atmosphère d’intimité sexuelle s’est vite installée. Ils étaient tous tombés sous le charme, filles comme garçons. Max n’était pas le seul dans ce cas. Il était seulement le seul à avoir cru pouvoir la posséder tous les jours de sa vie.
La Veuve Cliquot.

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2 commentaires sur “Une passion inaccessible

  1. seb dit :

    Texte magnifiquement écrit, comme d’habitude ;)

  2. Petit tag pour toi… ;)

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